Nous avons eu le plaisir de recevoir des amis de Montpellier pour un week end. Le samedi, nous avons décidé, après un petit tour au marché des Lices, d’aller nous oxygéner les poumons… Notre choix s’est porté sur le Fort La Latte. Une fois ma batterie de voiture rechargée, faut toujours qu’elle me joue des tours celle-là!, nous sommes donc partis…
Le Fort La Latte est, en fait, un ancien château. Il a été construit au 14ème siècle par les Goyon-Matignon, puis remanié au 17ème et restauré au début du 20ème siècle.
Un chemin part du parking (gratuit) et descend jusqu’au fort. Déjà la balade est très agréable, les cyprès, fougères et bruyère nous entourent. Ce chemin “débouche” sur le fort qui a conservé son aspect féodal et occupe un site spectaculaire.
En effet, la première chose qui frappe en arrivant c’est son emplacement. L’aspect stratégique saute aux yeux. D’où, mieux que sur cette pointe peut-on surveiller la côte ? Au nord, le large, à l’ouest le Cap Fréhel et l’Anse des Sévignés inhospitalière, à l’est la côte et notamment Saint-Malo et au sud la Baie de Fresnaye dans laquelle on peut mouiller et accoster.
Dominant la mer de plus de 60 m, le fort est séparé de la terre ferme par deux crevasses que l’on franchit sur des ponts-levis.
Nous nous sommes promenés un peu autour, façon de parler puisqu’on ne peut pas en faire le tour, appréciant à sa juste valeur le choix stratégique et paysager de son emplacement.
Ce fort est la propriété de particuliers. Nous avons décidé de payer la très raisonnable somme de 4 euros par personnes pour gagner l’enceinte du château.
Pour pénétrer dans ce lieu, il faut franchir deux ponts-levis.
Les deux enceintes encerclent la cours intérieure, le corps de garde, le logis du gouverneur, la citerne et la chapelle. La tour de l’Echauguette trône également, majestueuse, au sommet de laquelle on devine un chemin de ronde duquel la vue doit être splendide.
Mais avant de grimper là-haut, il faut franchir le mur “pare-boulets” derrière lequel se trouve un four à rougir les boulets ainsi que le poste de guet permettant d’accéder au donjon. Après avoir fait le tour en bas, et notamment avoir vu un canon , nous décidons de monter dans la tour. Du chemin de ronde, on découvre un panorama étonnant sur toute la côte d’Émeraude : l’anse des Sévignés, le cap Fréhel, la baie de la Fresnaye, la pointe de Saint-Cast, l’île Ebihens, Saint-Briac et Saint-Lunaire, la pointe du Décollé, Saint-Malo, Paramé et Rothéneuf, l’île de Cézembre et la pointe du Meinga. Bien que le temps ait été un peu brumeux la vue est magnifique. Me re-voilà une fois de plus plongée dans un univers rôlistique… En avant pour la tour!
Quand on visite le donjon, il faut avoir à l’esprit que seule la pièce du premier étage était habitable. La voûte sur croisée d’ogives du second étage, supporte les dalles de Saint-Cast qui constituent le toit chapeauté par un parapet crénelé. Cette pièce, qui donne un accès direct sur le chemin de ronde, était la salle des Gardes. Une fois sur le chemin de ronde la vue est déjà magnifique, cependant il est possible de monter encore plus haut. Carrément au faîte de la tour! mais là j’avoue je me suis un peu dégonflée. J’étais pas très rassurée par les pseudo escaliers avec pour toute rampe, une corde fixée au ras du sol. La montée était envisageable mais quand j’ai réalisé que lors de la descente rien ne me stopperait si je dégringolais et que j’atterrirais tout en bas de la tour j’ai préféré m’abstenir, surtout qu’il avait plu. Heureusement d’autres ont été plus courageux et j’ai donc eu de jolies photos!
Voilà la visite est terminée, je vous laisse avec un peu de lecture, glanée ici et là, sur la “vie” du fort…
Tout château a des légendes, le Fort La Latte n’échappe pas à cette règle. Mais est-ce une légende cette rumeur persistante qui figure dans de nombreux récits du Moyen-Âge reprise plus tard par un bon nombre d’historiens ? Un banneret de Bretagne, N. de Goyon, compagnon d’Alain Barbe Torte, aurait érigé à cette endroit vers 931 un donjon en bois pour surveiller les allées et venues des Normands et les repousser… Laissons la légende qui a sans doute pour but d’attester que le nom prestigieux des Goyon remonte à des temps immémoriaux et approchons nous des certitudes quant à la famille de Goyon-Matignon et à l’édification du château.
La Roche-Goyon, premier nom du château, fut édifié dans sa première partie du XIVe siècle. Au fil du temps, les seigneurs ne résident plus à La Roche-Goyon, mais ils en demeurent les propriétaires.
Le château dans les textes de l’époque perd son nom médiéval de La Roche-Goyon pour prendre celui de La Latte, nom du village voisin.
Toujours la propriété des Goyon-Matignon, le château est en ruine, mais il occupe une place stratégique de premier choix. Pour financer la guerre, Colbert a l’idée d’officialiser la guerre de course (poursuite des navires ennemis afin de s’emparer des contenus, ce sont les fameux corsaire qui se chargent de cette besogne). Saint-Malo ne peut recevoir des navires à trop grand tirant d’eau et est dépendant de la marée haute. Par contre, la baie de la Fresnaye, non loin, peut accueillir les navires. Cependant il ne faut pas que les ennemis puissent pourchasser les bateaux. Le château est aménagé pour les besoins de la cause. Entre 1689 et 1715, il est transformé en fort de défense côtière. Il prend son visage actuel. Les vieilles murailles très endommagées vont être consolidées et changer de destination. Plus de chemin de ronde, les petites maisons qui se trouvaient à l’intérieur de la place et qui étaient fort ruinées vont être comblées. Ce remblai est destiné à transformer les hautes murailles en batteries pour canons, batteries dont le parapet mesure environ 1,50 m. Il a donc fallu amener de nombreuses charretées puisqu’on a relevé de deux étages le niveau à certains endroits, surtout sur la courtine est. Le logis du gouverneur fut à son tour remanié, amputé au pignon nord de 4,80 m par rapport à la construction d’origine. En vis à vis, sans doute sur l’ancien chemin de ronde, accolé à la muraille, l’on édifia un petit corps de garde. Le premier pont-levis ne vit pas son châtelet reconstruit ; sur le côté fut aménagé un petit bâtiment destiné à recevoir cinq chevaux d’après le plan définitif de Garengeau en 1716. La première avancée fut bien modifiée. Les murailles sont devenues batteries de canons. Quant au deuxième pont-levis, il fut transformé également car la partie du XIVe siècle n’est pas dans l’axe du pont. Le donjon ne fut pas remanié hormis la construction d’un escalier pour y accéder. Les seules constructions neuves entre 1689 et 1715 sont :
- la batterie basse, en fer à cheval, dont les canons pointaient vers le large
- les petites guérites de pierres, une carrée, une ronde, très caractéristiques de l’architecture de l’époque de Vauban
- le gros mur, écran pare-boulets
- la chapelle, plus tardive, reconstruite en 1719, toujours dédiée à Saint Michel
Tony Curtis et Kirk Douglas s’y sont violemment affrontés dans le film “Les Vikings”. Sophie Marceau et Lambert Wilson ont conversé sur son chemin de ronde dans “Les Chouans“. Comme quoi mon esprit romanesque ne s’est pas trompé!
En effet, un certain nombre de longs métrages, de feuilletons télévisés voire de clip ont été tournés en ces murs :
- Les Vikings (Vikings) 1957, avec Kirk Douglas, dont le combat final eut lieu sur le donjon
- Le jeu d’Elsenberg, 1963
- Metzengerstein, 1967
- Lancelot du Lac, 1970
- Le vengeur, 1975
- La danse de mort, 1983
- Le Gerfaut, 1987
- Chouans film de Philippe de Broca
- Le jeu du roi, 1988
- Ridicule, 1996
- Le cœur et l’épée, 1998
Crédit photos :
- Photo prise par Ze le 31-03-07
- Photo prise par Ze le 16-03-07
- Photo prise par Ze le 16-03-07
- Photo prise par Ze le 16-03-07
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Tags: Bretagne, Fort la Latte
This entry was posted on Dimanche, juin 17th, 2007 at 21:15 and is filed under Balade en Bretagne. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. RSS 2.0. You can leave a response, or trackback from your own site.